Passion des livres

Passion des livres

Et si on discutait avec...

Il y a quelques mois, j'ai eu le plaisir de pouvoir découvrir

 

Après cette lecture, j'ai eu un autre plaisir, celui de pouvoir poser quelque question à Eric Descamps, l'auteur de ce livre.

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Avec plaisir. Je suis un narrateur nocturne, consultant diurne dans le domaine de «l’e-Governement», et papa à temps plein. J’ai cinquante ans (bientôt «plus un», d’ailleurs). Ma famille à géométrie variable («recomposée», dit-on par facilité) compte cinq descendants, qui sont plus ou moins présents selon leur âge et leurs activités.

As-tu toujours voulu être écrivain?

Eh bien… non! Le goût d’écrire m’est arrivé par hasard. Quand j’avais 17 ans, j’ai raconté une «histoire vraie» dans un petit opus: celle d’un groupe de jeunes rhétoriciens qui décident de mettre en scène une version plein-air-et-grand-spectacle de «Roméo & Juliette» (j’y jouais un Mercutio un peu timide). C’est peut-être à cette époque que le plaisir de raconter des histoires, rêvées ou vécues, m’est venu. Mais je n’ai (presque) rien écrit d’autre avant mes quarante ans. Puis, petit à petit, le plaisir de concevoir des récits est venu me chatouiller, jusqu’à devenir un passe-temps saisonnier qui grignote mes nuits.

Parlons de tes lectures. Quel est ton livre préféré ? Quel est le livre que tu as le moins aimé ?

Pour la mélodie déjantée des mots, un de mes livres préférés est « Monsieur Malaussène », de Daniel Pennac. J’adore cet auteur, je le considère comme un des grands orfèvres de la prose française. Son plaisir ne réside pas que dans la gravité de ses propos ou dans les situations rocambolesques, mais dans le plaisir de faire susurrer au lecteur : « tu as bien l’image, mon pote ? Tu vois ce que je vois ? » …

Mais je n’ai pas « un » livre préféré, en fait. Rien que pour le monde que Stephen King y décrit, je suis un admirateur conquis de la saga de la « Tour Sombre ». J’ai aussi adoré « Le pendule de Fouclault », d’Umberto Eco même si loin d’avoir réussi à me hisser à tous les niveaux de lecture possibles de cet ouvrage.

En ce qui concerne le livre que j’ai le moins aimé… j’avoue avoir été fort déçu par les « grands auteurs à grands textes » portés au pinacle par mes professeurs de français de jadis… et à côté desquels je suis passé ! Que Malraux et Camus me pardonnent, mais je suis resté sur mes positions d’adolescent discrètement rebelle : je les trouve ennuyeux. Je lis pour me divertir, sinon rien.

Quel est ton genre préféré ? Les thrillers ou autre choses ?

Les thrillers et les polars me plaisent pour leur rythme, pour leurs thèmes parfois « noir-c’est-noir », mais cela ne fait pas de moi un inconditionnel du genre : tous les auteurs de thriller ne me plaisent pas, et certains d’entre eux peuvent autant me ravir que me décevoir. Personne n’est à l’abri…

Mes dernières heureuses surprises sont signées Fred Vargas et Harlan Coben.

Mais j’apprécie aussi les thèmes abordés par Stephen King (du fantastique à l’horreur, en passant par ses récits plus réalistes tels que « Rita Hayworth ou la rédemption de Shawshank », ou « la ligne verte »). Les romans historiques, la bit-lit, les romances ou la fantasy, en revanche, n’arrivent pas à me faire tourner les pages, même si en tant que (tout petit) éditeur j’ai abordé et publié ces deux derniers genres.

As­-tu une grandes pile à lire ?

Ma pile à lire est microscopique. Il faut dire que je n’arrive pas à lire pendant les périodes où j’écris. C’est comme un slogan célèbre pour la sécurité de nos routes, celui qui se termine par: « il fait choisir ». De janvier 2014 à février 2015, par exemple, la conception de mon dernier roman, « Innocenti », m’a pris tout mon temps libre : je n’ai rien lu, et je n’ai pas nourri ma PAL. J’ai repris mes lectures « pour le plaisir » en été 2015. Et puis, il y a les manuscrits que je lis en tant qu’éditeur : là, je peux tomber sur des pépites comme sur des textes qui me laissent froid, mais ça fait partie du boulot.

Y a-­t­-il des livres qui t'ont donné envie d'écrire ou qui t'inspirent ?

Depuis longtemps je suis admiratif de tous ces artistes qui nous emmènent dans leurs histoires et nous aident à nous faire notre propre cinéma. Pour cela, je remercie tous les auteurs dont j’ai lu les ouvrages jusqu’au bout… et j’ai rarement abandonné un livre en cours de route. Tous ces gens qui, sans savoir vraiment pourquoi, parviennent à faire naître des émotions, me fascinent, qu’ils soient écrivains, sculpteurs, cuisiniers, acteurs, j’en passe… Ils m’inspirent tous ! Un exemple : une nouvelle intitulée « la part des anges », en 2008, est née de quatre vers signés Cabrel :

 

« Vous êtes sûrement très belle

Comme ce petit miroir de vous

Qui s'endort contre mon aile

C’est tout ce que je sais de vous »

 

…comme quoi pour écrire je fais feu de tout bois, depuis un article de presse lu au hasard, jusqu’au parfum d’un grand vin du Rhône.

Ecoutes­-tu de la musique quand tu écris ? As-­tu des playlistes spéciales écriture ?

J’adore écouter la musique en général, mais je confesse quelques difficultés à écrire avec efficacité si je suis distrait. En revanche je me corrige volontiers en musique : il faut croire que ces deux activités, qui pourtant sont essentielles et relèvent du même processus, font usage de différentes parties de mon cerveau. Je dois être dans ma bulle pour avancer dans mon récit, le tailler, en dessiner la forme. En revanche, je peux être n’importe où pour poncer mon ouvrage, corriger ses aspérités, gommer ses imperfections : là, Muse, Phil Collins, Peter Gabriel, David Guetta et ses copains/copines en featuring peuvent faire péter le son, je corrige, je corrige, et jamais ne me laisse distraire.

As­-tu d'autres « rituels » lorsque tu écris (si tu veux bien en parler bien sur) ?

Séquence intimité : j’écris souvent assis dans mon lit.

La maison dort. Noir dans la pièce. Juste le clavier et l’écran. Je dois ressembler à un fantôme dans la lumière grise, mais la femme de mon cœur a la bonté de ne pas m’en tenir rigueur. Elle est ma conseillère technique et ma première lectrice, donc… je frappe les touches avec douceur pour ne pas la réveiller.

Pour le reste… Ah oui : la dernière vague de correction consiste en la lecture intégrale du récit à haute voix. J’aime les textes fluides. J’ai du mal avec les auteurs qui n’ont aucune oralité.

Le mariage pour tous est un vaste sujet, assez controversé, comment t'es venue l'idée d'y démarrer ton livre ?

Après « Alvéoles », mon premier roman, j’ai pris un peu de temps pour rassembler mes petits péchés de jeunesse. Parmi ceux-ci, j’avais relevé le fait que ce roman emmenait le lecteur dans une histoire à 100 à l’heure, mais sans vraiment s’ancrer dans notre quotidien. Pour « Innocenti », il me semblait une bonne idée de choisir un élément temporel qui reste dans la mémoire de chacun. J’avais déjà en tête ma bande-annonce vidéo, mes slogans, tout… je voulais que « ça claque » pour mieux intriguer le lecteur. Après tout on n’a que quelques secondes pour convaincre. Et puis nous rencontrons des personnages qui collent bien avec les sujets de société que ce type d’événement illustre : mariage pour tous, procréation médicalement assistée, surveillance vidéo, protection de la vie privée, c’est un bon terreau à thriller, ça, ma bonne dame ! Qui plus est, rien de tel qu’une manifestation pour perdre des pistes. Ma botte de foin était toute trouvée. J’ai caché l’aiguille jusqu’à la fin.

Tu as rajouté, je suppose que ce n'était pas prévu, un paragraphe à la fin penses-­tu faire une suite avec ces nouveaux évènements ?

C’est vrai que j’étais en train d’écrire les derniers paragraphes de « Innocenti » lorsque les événements dramatiques de début janvier 2015 se sont produits. Je ne souhaitais pas exploiter ceci, c’eût été d’un cynisme fini. En revanche, je pouvais laisser entendre que la traque des terroristes avait gagné en efficacité grâce à un des ingrédients principaux du roman. Après tout, il n’y a rien de plus plausible.

Une suite ? Je ne crois pas, en tout cas pas dans l’immédiat. J’ai d’autres récits en tête…

Mais je prends un plaisir immense à remettre en scène mes personnages préférés d’un récit à l’autre. Dans « Innocenti » on retrouve Milos qui s’est illustré précédemment dans « Alvéoles ». Dans « Alvéoles » je mets en scène deux personnages qui se sont rencontrés dans « La maîtresse d’écume » (une nouvelle de 2009)… J’aime bien ça : laisser les personnages revenir, se montrer différents, imaginer qu’ils ont tiré les leçons du passé… ou pas.

Ceci dit, il me semblait aussi légitime d’accorder au personnage de Vincent, que je malmène volontiers dans « Innocenti » (le pauvre), un loooooong repos bien mérité.

Que pouvons-­nous te souhaiter pour le futur ?

Je peux, vraiment ? Alors… des cohortes de lectrices et de lecteurs, être aussi beau et taquin que Rick Castle, de très longues nuits pour écrire, des oreillers douillets pour soutenir mon dos durant tout ce temps, une bonne vue pour lire mon écran, des idées en veux-tu en voilà, de bons conseils de mon entourage, un éditeur motivé (trop facile, c’est moi), et la liste n’est pas exhustive…

Aimerais-­tu nous dire autre chose ?

 

Oui : merci infiniment pour votre démarche et pour cette interview.

 

Les blogs (mais pas que) font bouger les lignes dans le monde de l’édition, et c’est très bien ainsi. Vous avez pris une place qu’on ne vous a pas offerte sur un plateau, on vous écoute, on vous lit, on vous regarde. Bravo.

 

On vous critique aussi. C’est bon signe, ça veut dire que vous comptez.

 

Continuez, entêtez-vous.

Merci beaucoup à Eric Descamps d'avoir accepté de répondre à mes questions. Et surtout n'hésitez pas à découvrir ses livres.



15/12/2015
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 123 autres membres